Transcription
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Monsieur, j’ay ce jourd’huy tout à coup receu les deulx lettres qu’il vous a pleu
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de m’escripre du XIIII et XVme du present. Quant à la negotiation que j’avoys avec
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celluy que vous scaves, je vous dyray qu’il y a quelque temps que je ne
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me suys employé parce que à la verité je sceus qu’il estoit supsonné de
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m’avoir parlé et que luy mesme me l’envoya [rature] se plaignant d’ung de
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La Mure qu’il accusoit en avoir adverti les Diguieres. Toutesfoys ce brin
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est esvanouy et n’en pouvoit l’on parler de ce costé là que par supson [raturé : et]
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car d’occasion ilz n’en eurent jamays. Au demeurant je vous asseureray
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bien qu’il ne me prompera jamays ny aultre de ce parti. J’ay desia auiourd’huy
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adverti à La Mure de s’i prendre garde comme je m’asseure qu’ilz font, car
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ilz travaillent et ne demeurent oysifz. J’ay parlé à ung qui vist partir
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dimanche dernier traynentz vinct et cinq hommes à cheval de Mens, qui
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prindrent le chemin de la Criys[ ?] aulte, je cuyde pour ailler trouver monsieur
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de Montbrum. Ung qui n’a quelque foys avec eulx m’a dict avoir aouy [=oui]
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dire à de leurs chefz qu’ilz craignoyent de passer le Rosne. Ils portent
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beaucoup de bagaige, dieu voulust qu’aynsi fait mal aysement le Crys. Ja
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la pluspart de leurs chevaulx et quasi tout ne sont qu’arideles et gens de
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pays. Je ne manqueray, comme j’estime que vous croyes, de m’employer
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en tout ce qu’il vous playra de me commander, et d’avoyr l’eul ouvert
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en ce aussi que je cognoistray estre pour le service de sa magesté. Monsieur
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le president de Portes vous envoye ung memoyre d’une expedient quy avoit
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esté avisé yci de vous fere entendre pour couvrir tout ce cartier, et
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obvier aux courses que les ennemis y peuvent fere, leur oster ainsi le
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moyen de lever tant de grandes contribution qu’ilz lievent en nous
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montaignes, qu’ilz ruynent du tout. Si vous le trouves bon la plus grande
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despence n’est que surs la cavalerye, qui se faict aussi bien aillieurs, et de laquelle
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vous vous pourres tousiours servir quant l’occasion s’i presentera que vous les
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appelleres. uant aulx vivres il y en a adces [=assez] mesmes pour les chevaulx et si
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il y a force bledz et adces du vin pour la [rature] sayson. Ne croyes pas s’il vous
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plaict que je vous dye cecy pour aulcune chose pour mon particulier, car
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je n’y en pretendz du tout poinmct que de la despence pour fere bonne chere
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quant je seray surs le lieu aulx honnestes gentz qui y seriont[ ?]. Monsieur de
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La Motte qui est arrivé yci despuys deulx jours m’a dict comme sa
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magesté a mandé monseigneur de Nemours pour l’ailler treuver. Si aynsi
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est je me doubte que je ne soye contrainct estre de la partie à mon
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tresgrand regret, et n’estant la presente pour aultre, je la finiray par mes
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treshumbles recommandations à votre bonne grace, priant le createur vous
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tenir,
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Monsieur, en tresbonne santé, treslongue et tresheureuse vye, de
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Grenoble, le XVIIme de mars 1574
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Votre treshumble allyé et tresaffectionné
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serviteur
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Monestier
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Je vous diray encores ce mot que si j’eusse avancé quelque chose à la negotiation
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delaquelle il vous plaist de m’escripre, que je vous en eusse tenu adverti
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et vous promes que jamays je n’en ay parlé à aultre personne qu’à celluy
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qui me parla à La Mure, que je vous ay escript, et à ung aultre que j’ay souvent[ ?]
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mandé en plusieurs lieus, qui est homme d’entendement
